
Du refuge de Rosuel au lac du Saut (invitation chez l'habitant) 23/08/2022
Jour 02
Un réveil un peu humide du fait de la rosée, mais les nuages se sont estompés.
Une grosse étape avec une fin de journée inattendue.
Départ au petit matin. Sur la paroi rocheuse de l'autre côté de la vallée, la cascade du Nan Putors ; des Gypaètes barbus logent dans ces anfractuosités mais je ne les ai pas vus.
Je rencontre par contre mes premières marmottes.
J’arrive au niveau du lac de la Plagne et du refuge Entre-le-Lac, au pied du Mont-Blanc de Peisey.
Les sommets de la Vanoise sont visibles droit devant, avant l’arrivée au lac du Grattaleu
Je continue vers le refuge du Col du Palet, fermé par manque d'eau depuis le début de l'été, mais resté ouvert en refuge non gardé, où je fais une petite pause casse-croûte.
Et je finis par arriver en surplomb de Tignes et son lac.
Je me détourne un petit peu vers la cascade de Salin, en aval de sa résurgence (Gouille de Salin). La taille des enfants qui jouent dans l'eau donne une idée de la taille de cette cascade, qui reste malgré tout de moindre importance du fait de la sécheresse sur les massifs.
J'arrive ensuite au Lac du Chevril, lac de barrage hydroélectrique. J'y aperçois le mont Blanc, et plus loin une partie du massif du Mont-Blanc. Des cascades continuent d'agrémenter, voire de détremper le chemin.
Arrivée à Val d'Isère, je me rends compte que la navette qui dessert le Villaret du Nial me ferait arriver trop tard, je fais donc du stop et me fais déposer au pied de ma dernière grimpette jusqu'au Lac du Saut.
Une belle montée avec un début entre 25 et 40% de pente. Et, au détour d'un lacet, je découvre La Grande Sassière, ce grand mur noir avec cette pointe finale. J'ai du mal à réaliser que ce soit ça que je doive grimper demain.
Tandis que, près du lac, pensive, j'attends sagement 19h pour poser ma tente dans la zone de bivouac autorisée, j'entends qu'on me parle sur ma gauche: c'est Yves, que je n'ai pas entendu s'assoir à côté de moi.
Le visage ouvert, le teint hâlé par ses multiples courses montagnardes, les lèvres brûlées malgré la couche de crème, les cheveux blancs mi-long, voletant sous sa casquette, le sac et les bâtons de rando qui ont connu des jours meilleurs, et un regard direct, souriant.
"- Tu campes ici?
- Oui.
- Tu montes demain à la Grande Sassière.
- Oui, c'est bien ce truc-là, tout noir?
- Quelle heure?
- Vers 7h je pense.
- C'est trop tôt, tu vas avoir froid, le soleil arrive plus tard, 8h c'est bien. Tu veux qu'on monte ensemble?
- Ma foi, oui, mais je ne marche pas vite, je te préviens.
- D'accord, demain 8h. Et, il va faire froid ici cette nuit, il faut que tu sois en forme demain, je t'invite chez moi, ok?
- ... Eh bien, oui, merci, avec plaisir."
Et me voilà à redescendre en voiture chez Yves, qui me prépare un rapide mais délicieux repas. En attendant que cela cuise, nous partons au bord du Lac de Chevril, derrière chez lui, un espace intime sur les rives de ce lac.
Et nous papotons. Yves a 70 ans, il habite à Tignes 1800 depuis 7 ans. Il monte tous les jours à la Grande Sassière, repêchant les randonneurs (et -neuses) en détresse ou les embarquant simplement par sa bonne humeur. Et comme sa drogue c'est la relation à l'autre, en hiver, il fait des petits boulots aux remontées mécaniques.
Je le trouve extraordinaire. Il est pétri de bon sens, de sagesse, de simplicité, de fluidité, de positivité, de générosité. Ses paroles sont comme des perfusions de sérénité.
Après le bon repas, je profite d'une bonne douche chaude et d'un sommeil reposant sur le canapé.
















