
Du Radal du Trébatut à Saint-Chély-d'Aubrac (bivouac) 23/03/2022
Jour 17 Aubrac
Encore une belle journée de marche, mais un vent de folie! Je peux à peine tenir debout pour prendre des photos.
Le soleil et le ciel bleu sont au rendez-vous! Je me mets en route ragaillardie par ma bonne nuit et ce magnifique temps.
J'entame ma journée par vent arrière, ce qui m'aide pour les premiers kilomètres de montée.
Je suis la Grande Draille du Languedoc jusqu'au col de Bonnecombe. Sur les pistes de ski de fond, un panneau me dit de ralentir, je me disais aussi que je marchais sans doute un peu trop vite!
Je me détourne vers le col de Bonnecombe où est élevée une stèle en souvenir du maquis de Bonnecombe (créé en avril 1943).
Le Signal de Mailhebiau, avec ses quelques taches de neige, est droit devant.
Je découvre la cascade du Saltou, transformée en cascade de stalactites, puis vais voir ce magnifique étang de Bonnecombe, d’un éclatant bleu au milieu des prairies jaunies.
Les collines sont parsemées de burons, minuscules dans ces étendues infinies.
La Draille des troupeaux du Languedoc passe devant le refuge des Rajas, réputé dans la région, mais fermé.
Le Bès, en partie gelé, traverse le chemin.
La montée vers le Signal de Mailhebiau se fait en douceur à travers les pâturages (mailhebiau signifie "mille bœufs"), mais j'avance courbée, arc-boutée sur mes bâtons, face au vent de face qui peut atteindre les 60 à 70km/h. Je traverse Le Bès qui prend sa source sur le flanc nord-est du Signal. J'aurai un peu de neige en descente.
Au sommet, la vue à 360° est limitée par la brume lointaine.
Sur la table d'orientation, le poème de Mailhebiau, écrit par Robert Martinet:
A vous tous visiteurs qui foulez mon sommet
Je voudrais simplement dire toute ma joie
De vous savoir ici, admirant en émoi
Ces grands plateaux d'Aubrac dans toute leur beauté.
Depuis l'aube des temps, je surveille en secret
Ces paysages durs, ces étendues de bois,
Cette mer de gazon où l'homme n'est pas Roi
Mais soumis aux rigueurs de ce sol désolé.
Aussi loin que vos yeux peuvent s'aventurer,
Vous voyez l'horizon où le soleil se noie,
Vous entendez le vent qui vous dit à mi voix
Que ces images-là dans vos cœurs sont gravées.
Du Nord où le Cantal vous invite à rêver
A l'Ouest où l'Aveyron dans le couchant rougeoie
Quel bonheur de sentir craquer sous votre poids
Ce vieux sol Lozérien sur lequel vous marchez.
Avant que de partir, avant de me quitter
Parcourez ces sentiers, visitez ces endroits
Où l'Aubrac vous attend à l'ombre d'une croix
Dans le parfum puissant des buissons de genêts.
Cherchez les champignons sous les hautes futaies
Regardez l'orchidée qui lentement y croît,
Le silence profond vous laissera pantois
Vous comprendrez alors ce qu'est l'éternité.
Au loin, les monts du Cantal sont sous la neige. Les routes semblent interminables; par cette chaleur et sous ce soleil, dans ce décor asséché, avec ce vent qui souffle en permanence, on s'attend presque à voir rouler des tumbleweed.
Tandis que je marche dans un espace boisé, un groupe de biches avec un petit faon vont traverser le chemin, trop rapidement pour que puisse dégainer mon appareil photo, mais je me réjouis de cette rencontre furtive.
Et je finis par arriver à St-Chély-d'Aubrac, avec son pont et sa croix des pèlerins. Nous sommes sur la Via Piodensis, un des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Le camping municipal, fermé, est relativement proche du village. J'attends la tombée de la nuit pour monter ma tente car je crains de me faire déloger (je n’ai pas trouvé de petit boîte pour y laisser mon dû), et je pense ne pas pouvoir non plus bivouaquer à la sortie du village.
Je ne serai pas bercée par le flux de la Boralde qui coule paisiblement à proximité, par contre, quelques effluves de bouse viendront chatouiller mes narines.




















