
De Saint-Chély-d'Aubrac à Laguiole (gîte) 24/03/2022
Jour 18
La journée sera courte, agréable et tranquille, sous un soleil éclatant.
A la sortie de Saint-Chély-d'Aubrac, le chemin emprunte le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Il est agrémenté de poèmes (printemps des poètes 2022). Le chemin est empierré, je me dis que les pèlerins font pénitence sur le sentier, et donc, que le chemin se doit d'être pénible…
J’ai été touchée par ce poème, ode à la pierre:
À la pierre
Nous ne faisons que passer
Tu nous apprends la patience
d’être toujours le témoin
de l’univers à son aube
d’être l’élan du souffle même
soutien sans faille des vivants
toujours présence
renouvelante
entre laves et granits
n’espérant ni fleur, ni feuille,
ni fruit de la luxuriance
Tu nous tiens le nœud
des racines
contre tous les ouragans
François Cheng (1929)
Le sentier me mène au château de Belvezet, posé sur un culot volcanique dont les orgues basaltiques se sont effondrées tout autour.
Les archives départementales de l'Aveyron gardent la trace d'un document datant de 1277, où le seigneur de Belvezet, dont le fief était situé sur ce site, fait donation de ses biens au chevalier Guyon de Féneran, avant de partir pour Saint-Jacques-de-Compostelle afin d'obtenir la guérison d'une maladie dont il est atteint.
Le bout de l'enfer (al cap de l'infèrn): "dans ce lieu d'horreur et de vastes solitudes..." c'est ainsi que les textes anciens qualifiaient la traversée du pays. Les pèlerins marchant vers le sud, ils découvraient la vallée du Lot (que je viens de quitter) au sortir de l'Aubrac, promesse de pain et de vin... et de vie.
Plus loin, je dois traverser à gué de La Boralde de Poujade.
Cachée au cœur de la forêt se trouve la grotte des Enguilhens: lieu de maquis de 1943 à 1945, dans la région de Condom d'Aubrac. La grotte a servi de refuge, et de lieu pour faire la cuisine; il y avait même, dans un coin, la chèvre de Dudule qui fournissait le lait en toutes saisons.
A l'ombre, les sentiers en sous-bois sont encore gelés par endroits, et quelques plaques de neige subsistent.
Je rencontre une nouvelle traversée à gué, sur le Ruisseau de Menepeyre, puis j’arrive au pied de la Cascade du Devèz, sur le ruisseau de Dourtigouse. Haute de 30m, elle est aussi appelée la cascade "del sal de la Gleiso", en mémoire des prêtres réfractaires, qui, pendant la révolution, célébraient la messe, abrités sous une cavité formée par les orgues basaltiques. Cette cascade est précédée en amont d’une autre cascade sans nom.
Au loin les monts du Cantal sont encore enneigés.
Je continue ma marche tranquille, noyée dans l'immensité de ces prairies aux faux airs de désert, parsemées de rares burons.
Arrivée à Laguiole, je vais chercher mon colis au relais colis local et renvoyer du trop plein (j'avais compté trop de repas, de carburant et d'en-cas).
Encore une fois, quel plaisir de prendre une douche, et de se préparer un repas, non lyophilisé, à l'abri, avec quelques fruits en prime.
















